Erwann Petit

La poésie, c’est observer le monde avec l’œil du corps . Comprendre que tout bouge. Que tout est en mouvement. Ma recherche est épidermique. Je m’adresse aux corps. Je ne parle pas aux têtes. J’aime les gens qui se décapitent. Parce que les corps ne mentent jamais… Comment jouir de tout en ne mourant de rien ? L’émotion naît de l’observation. Les plus grandes écoles sont celles où l’on désapprend. J’apprends à démonter mes petits savoirs. J’apprends à être là, debout. J’apprends à être dans la vie. J’apprends à être une bonne personne, avant d’être un bon artiste. Trouver la vibration de chaque chose. La vie se niche dans les détails. Et c’est là que mon théâtre puise. Un théâtre minimaliste. Une expression où le mot, où la musique, ne sont qu’une extension vitale pour le sens.

Je ne veux plus concevoir du beau. Tout cela est inutile. La vie est belle. Elle se suffit à elle-même. Elle devrait nous suffire. Il n’y a pas besoin de l’enjoliver. Mais cela implique de jeter son corps dans la lutte. Accepter que la véritable force réside dans le fait de s’accepter vulnérable. Accepter le déséquilibre. Le déséquilibre est un mouvement du monde en soi. L’artiste donne à voir. C’est un révélateur. Cette démarche est mienne. Je veux offrir ce regard singulier sur le monde avec le plus de justesse possible. Si mon travail ne germe plus du mot, c’est que mon déséquilibre est ailleurs. Je ne renie pas la langue. Je l’aime trop. Mais elle n’est pas mon meilleur terreau. Tout univers doit trouver le terrain propice à sa floraison. Je suis dans le corps. Partir du mouvement. Le mot n’est qu’une presqu’île. Rien de plus. Et c’est là qu’il puise toute sa force. Il en devient charnu et rond, incisif et vivant. Il en est des mots comme de la musique. Comment traiter le silence ? Car c’est lui qui donne vie à toute chose.