Ce n’est pas la ligne du corps qui fait la beauté, mais comment elle se meut.
Mon écriture est épidermique. Elle est mon théâtre. Je ne cherche pas les têtes. J’écris pour les décapités.
Je veux écrire pour les corps. Parce que le déséquilibre est un équilibre en mouvement. Je veux des mots chiendent, des phrases pot-pourri, barbouillées,
jamais trop clean, toujours un peu sale. Il faut dégueulasser le mot. Le rendre accessible. Ecrire comme on pisse. Ne pas oublier que pisser est une suite d’actions complexes, réitérés quotidiennement pour nous apparaître finalement comme une phrase de mouvements d’une facilité apparente.

   
Comment ne pas croire en jardins d’à côté. Je reviens de mes enfances. Mon jardin me respire, je respire mon jardin. J’aime à palper le pouls de sa fourmi, j’aime me laver les dents, mes dents jaunies, des dents d’automne, j’aime me laver les dents, cracher dans un bol d’air, j’aime, j’aime la terre, j’aime, j’aime mes os dans sa terre fraîche, j’aime, j’aime, j’aime à ne pas penser, j’aime les pensées, j’aime, j’aime, j’aime à aimer, j’aime, je m’aime, j’aime, je nous aime, j’aime, j’aime, j’aime…je n’ai jamais autant aimé la pluie. Où est le dedans ? Je reviens de mon jardin d’à côté. Mon odeur n’est plus mon odeur. Mon odeur est celle de l’herbe mouillée, de la mer. Mon imaginaire a vissé son cul sur ma réalité. Désormais, je suis un mouvement du monde. Je suis désormais ce que je touche. Je suis désormais ce que je touche, ce que je touche. Je touche. J’aime à toucher d’un pore de peau l’arbre de mon jardin (...)